Prix de l’Intime RPBB x Photo Doc 2025 a été attribué à Emeline SAUSER pour son travail Refuges
Émeline Sauser est une photojournaliste émergente dont le parcours traduit une quête artistique et humaine sincère. Âgée de 26 ans, elle a suivi un cursus exigeant en hypokhâgne et khâgne à Lyon, avant d’obtenir une licence d’histoire à Santiago du Chili. Passionnée par le voyage, elle a parcouru le monde pendant plusieurs années, nourrissant son regard et sa sensibilité au contact de cultures diverses.
En 2023, elle achève une formation en photojournalisme et photographie documentaire à l’EMI-CFD à Paris, qui vient affiner sa manière d’aborder des thèmes qui lui sont chers : l’errance, les rêves, la mort, les liens entre humains et non-humains. Sa pratique photographique s’inscrit dans une recherche de consolation et de refuge, interrogeant la condition humaine à travers des récits intimes.
Peu après l’obtention de son diplôme, elle est sélectionnée pour le Mentorat Photographique du Fonds Régnier pour la Création, en partenariat avec l’Agence VU’. Cet accompagnement lui permet de développer Refuges, un projet au long cours consacré aux chemins de reconstruction, porté par des récits de résilience et de lumière.
REFUGES
Refuges est un travail documentaire qui se décline en plusieurs chapitres, autour d’histoires de reconstruction. Cette « résidence sur terre », pour reprendre le titre d’un recueil de Pablo Neruda, est parfois étrange, souvent difficile, et c’est quand les choses se compliquent que l’humain fait preuve d’une rage de vivre venue de ses entrailles et qui, parfois, tient du miracle.
Ce que je veux raconter ici, c’est l’après-tempête, le moment où il faut réunir ses forces pour ne pas sombrer. Comment se reconstruit-on ? Pour cette sélection, voici trois de ces histoires :
Heidie s’est échappée d’une relation destructrice grâce à Gaëtan. Elle voulait récupérer la garde de sa fille et reconstruire un quotidien stable. Elle vit avec ses troubles bipolaires et ses addictions.
Bastien, après des années de harcèlement scolaire, a construit un univers glamour et féerique dans sa caravane posée sur le terrain agricole familial.
Philippe est agriculteur. Suite à des problèmes judiciaires, il s’est beaucoup endetté. Son jardin l’apaise. Sa fille Élisa est revenue habiter près de lui pour le soutenir.
Chacune de ces histoires est d’abord le fruit d’une rencontre. Je fais des rencontres en faisant du stop en France, et en errant dans les villes. Je demande aux gens s’ils veulent bien me raconter leurs histoires. Parfois, un miracle se produit, les gens acceptent de m’ouvrir leurs portes et leurs cœurs. Cela devient donc un travail au long-cours, ponctué de visites régulières chez les gens pendant plusieurs mois.
Ce qui unit toutes les histoires individuelles de Refuges, c’est cette énergie qui pousse tous les protagonistes à sortir de leurs histoires violentes pour aller vers la lumière et l’apaisement.
Ce travail est une ode à l’espoir.
Le point de départ est mon admiration pour la force de vie de ces humains. Ils cherchent, obstinément, un peu de paix. Ils cherchent à se libérer. Ces batailles se font silencieuses dans le creux des journées. Très souvent le refuge c’est les autres, l’amour, les liens. L’amour tantôt romantique, tantôt familial. Parfois, c’est un regain d’amour-propre dans le cas de Bastien.
Ce travail est une collaboration avec les personnes photographiées. Ensemble nous cherchons ces instants de grâce, infiniment fragiles. Le temps d’un instant tout se répond et tout s’unit.
Cela fait désormais un an et demi que j’ai commencé Refuges et je voudrais de tout mon cœur continuer ce travail photographique en lui ajoutant de nouvelles histoires.